Là où il n'y a pas d'homme.
création 2008 / 2009

“Là où il n’y a pas d’homme.”, troisième projet de la série des scénographies acouslumière, poursuit ses recherches sur les représentations de la mémoire, initiées avec Réminiscences (2005) puis Indiscrétion (2007).
“Là où il n’y a pas d’homme.” propose une réflexion axée sur la représentation du témoignage historique, sur sa transmission et sa réception.
La disparition progressive des individus nés au début du XXème siècle transforme la nature de la transmission historique et individuelle. la mémoire qui s'attache aux connaissances prend symboliquement le pas sur la mémoire liée au contexte et aux événements vécus. Le rapport aux images, et spécifiquement aux images d’archives, à ces témoignages filmés ou enregistrés qui “fabriquent” l’histoire, constitue un axe important de notre recherche. Cette mémoire historique qui en découle se fige dans des représentations qui constituent aujourd’hui un matériau de référence.
Notre démarche n’est pas celle de l’historien qui veut comprendre les causes profondes ou directes d’un événement. Il s’agit plutôt de découvrir comment ces images du passé résonnent à travers un regard actuel. Comment elles constituent une vision du passé, une connaissance historique à transmettre, un “savoir” à réactualiser.
L’importance de plus en plus grande accordée à la technologie et au processus de délégation de la mémoire (numérisation puis stockage des informations, des connaissances) constitue une évolution considérable, qu’il faut savoir mettre en question.
Face à ces enjeux, comment proposer une interprétation de l’histoire par le biais de sa représentation visuelle ? Le temps qui nous sépare de notre période de référence commence à dessiner une frontière entre l’Histoire et sa continuité dans le présent. De là est née notre volonté de redécouvrir symboliquement ces événements afin d’examiner présent et avenir, de mettre en place des comparaisons qui ne seraient pas des hiérarchies, et d’éclairer les événements contemporains à la lumière de cet héritage.
“Là où il n’y a pas d’homme.” se situe de ce fait du côté de l’interprétation artistique.
Travaillant sur la matière même de l’écrit et de l’image, il nous a semblé important d’utiliser dans cette recherche un espace de représentation multiple. Les ressources scénographiques sont audio-visuelles et s’accordent aux codes de l’univers scénique. La présence d’un comédien dans cet espace théâtral renforce la notion d’interprétation, et pour l’acteur et pour la thématique spécifique à notre création : la mémoire et ses transmissions.
La démarche n'a pas vocation au documentaire. Elle entend faire prendre conscience des mécanismes en action dans le processus de cette mémoire, de l'importance de notre expérience personnelle dans l'interprétation de l'Histoire, et du “rôle que doit jouer le passé dans le présent” *

*Tzvetan Todorov, Les abus de la mémoire.

Description des “modules” :
A ce jour, 12 modules ont été imaginés. Ils vont servir de base pour les prochaines résidences et la construction du récit. Notre travail consiste à les articuler (dans des thématiques spécifiques, des caractéristiques visuelles) et à les mettre en place en dialogue avec un texte théâtral dont le comédien aura en charge l’interprétation.